Antichambre III

30 Novembre
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15 Mars
Dominique DEHAIS

 

En adaptant son installation artistique à l’Utbm de Montbéliard, l’artiste propose d’interroger les lieux dans lesquels il intervient. Tout d’abord dans une mémoire architecturale. Effectivement, Antichambre vient en résonnance à l’héritage moderniste du bâtiment récent de l’université. Dehais a décidé d’inventer un module « originel » constitué de quatre pans. Une structure architecturale évoquant une synthèse des expériences du modernisme du siècle dernier. On retrouve les influences constructivistes (et du Bauhaus) des Avant-gardes du début du XXème présent continuellement dans notre paysage urbain.

Paradoxalement, cet abri est une structure ouverte, lieu de passage organisant l’espace du patio. Par là, l’artiste fait revivre une autre tradition, plus ancienne cette fois, celle des folies, ces constructions « annexes » ou temporaires, expérimentations sans fonctions précises réservées aux extravagances des puissants…

Antichambre ouvre ses parois sur le bâtiment et ainsi offre une surface d’expression comme le seraient celles des murs des rues. Une surface avec laquelle l’artiste joue en y proposant des affiches typographiées. Une fois encore, Dominique Dehais décortique et illustre le mécanisme d’une tradition de l’affichage « sauvage ». L’artiste liste un inventaire de mots issus des multiples revendications que l’on retrouve placardés sur nos murs et les fait réimprimés les uns à côté des autres sortis de leurs contextes. Comme dans un canard exquis, les affiches nous révèlent un montage surréaliste constitué de mots qui, tout en résonnant dans notre mémoire collective, sortent de leurs modes revendicatifs pour de associations plus poétiques.

Dominique Dehais complète l’installation par une mise en scène autour du carré végétale (tout aussi simplifié et orthogonale que l’architecture qui l’entour) qui orne la cour. Il y installe deux chaises hautes, deux chaises d’arbitres qui se font face de part et d’autre du gazon. L’artiste active ainsi la cour en la transformant en potentielle scène de théâtre que les étudiants peuvent utiliser à tout moment Un décor mettant en jeu des notions que les objets révèlent par métaphores: le jeu, mais aussi les rêgles, la confrontation, mais aussi le dialogue, le point de vue mais aussi la surveillance...

Dans le Hall, Dehais propose de diffuser une vidéo qu’il a réalisée en 2006 autour de l’usine Peugeot de Sochaux. Un parallèle à faire avec certaines activités technologiques de l’université, proches de l’industrie automobile. Toujours avec une attention particulière au contexte d’intervention, l’artiste apporte une modification ou plutôt un ajout au mobilier intérieur en installant un objet coloré hybride, à la fois sculpture et banc permettant de s’installer lors du visionnage du film. Une manière d’immerger le spectateur dans l’univers plastique de l’artiste basculant constamment d’un intérêt pour une esthétique formelle à des réinterprétations sociales et politiques.