Au plus près/Mauvais genre?

18 Mai
»
25 Août
Sylvie Fajfrowska
Philippe Gronon
Ana Gallardo
Zanele Muholi
Lisa Sartorio

Au plus près présentent des expositions monographiques de Sylvie Fajfrowska et de Philippe Gronon, artistes faisant partie de la collection du Frac Franche-Comté. Elles proposeront une sélection d’oeuvres récentes de ces artistes mettant en lumière la cohérence et la force de leur travail.

La peinture de Sylvie Fajfrowska fait appel à la figure humaine et mobilise des signes de notre environnement (avion, chaise, meuble, jouet,...). Mais elle tend « à chosi- fier » les êtres et « déréaliser » les objets. Chez elle, la couleur n’est pas descriptive et les êtres « figurés » semblent n’être que des artefacts. Ils cohabitent dans l’espace du tableau avec des éléments qui tendent irrémédiablement vers le non-figuratif : tels ces rubans qui deviennent des bandes de couleur pouvant évoquer Kenneth Noland ou Ellsworth Kelly. Quant aux objets, ils sont presque géométrisés. Ses compositions ont un aspect distancié et la couleur y accuse l’artifice de la composition. Sa matité absorbe le regard. Sa peinture, si elle fait appel à des images et intégre dans ses toiles des signes et des objets de la vie quotidienne, ne recherche pas le lissé ou le brillant de l’imagerie publicitaire et photographique. Le « faire » de la peinture y est revendiqué fortement comme en témoignent dans certaines parties de ses tableaux les marques visibles des gestes du pinceau. Elle a une façon d’abstraire les choses et les figures qui leur donne une étrange présence, nous plaçant au bord du malaise parce que justement elles sont au bord du réel. Nous avons fait le choix de ne présenter que des oeuvres récentes de l’artiste.

Philippe Gronon pratique une photographie d’une très grande rigueur, privilégiant dans la majeure partie de sa production le noir et blanc pour ce qu’il permet d’une structuration formelle de l’image. Il choisit des « objets » qu’il peut photographier à l’échelle 1 et de façon frontale. L’exposition présentera un ensemble d’objets très précis : hublots, monte-charges, tableaux d’ascenseurs, tableaux électriques et coffres-forts. Le choix de l’échelle et la façon de cadrer l’objet de manière très rigoureuse donnent à ses images une « existence » très forte ; comme si, à les enregistrer ainsi, il en faisait des structures abstraites. Elles ont ce caractère froid, propre à leur aspect impersonnel. Sa photographie nous propose une sorte d’inventaire d’objets liés au stockage, au déplacement, au fonctionnement des choses, à l’accumulation. Elle évoque des lieux fermés, des espaces de stockage, des lieux de production et des lieux « protégés ». Comme le note la présentation de son travail dans la monographie que le Mamco lui a consacrée « l’art de Philippe Gronon montre somptueusement qu’il ne peut y avoir de réalité telle quelle, de réalité absolue, et que c’est en travaillant au plus près de la distance (infime et intime) entre ce qui est visible et ce qui est photographié, entre l’objet dans la réalité et l’objet de la photographie, que l’artiste invente un coefficient d’art ». Une oeuvre de la collection du Frac Franche-Comté « Hublots » est présentée l’exposition.

Eléments biographiques

 

Sylvie Fajfrowska est née en 1959, elle vit et travaille à Paris.

Parmi ses dernières expositions personnelles: 
Le Centre d’Art Contemporain Cesson-Sévigné en 2010, la Galerie Eric Mircher entre 2005 et 2009, le Centre d’art contemporain de Meymac en 2005, le Musée des Beaux-arts de Lons-le-Saulnier et Le 19, Crac de Montbéliard en 2004.

Parmi ses dernières expositions collectives :
Le SPSI Art Museum à Shanghai en 2012, le Musée d’art de Sao Paulo et le MARGS à Porto Alegre, le Cac de Meymac en 2009, le MACVAL à Vitry en 2008, le Soma Museum à Séoul et le Magasin Cnac à Grenoble en 2007.

En plus du Frac Franche-Comté, l’œuvre de Sylvie Fajfrowska est présente dans les collections du Fonds National d’Art Contemporain, du Musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg, du Museum Frieder Burda de Baden Baden, du Frac d’Ile-de-France, du Fonds municipal d’Art Contemporain de la Ville de Paris et des Artothèques du Limousin, d’Angers et d’Auxerre.

 

Philippe Gronon est né en 1964, il vit et travaille à Malakoff.

Parmi ses expositions personnelles récentes : le Musée des Beaux-Arts de Dijon, le Musée Magnin et la Galerie Barnoud à Dijon en 2012, le Musée des Beaux-Arts à Nantes, le Mamco à Genève, la Villa Medicis à Rome en 2010, la Galerie Verney-Carron à Lyon en 2009, la Galerie Yossi Milo à New York, la Galerie Dominique Fiat en 2008, le Mamco à Genève en 2003, le 19, Crac à Montbéliard, le Musée des Beaux-arts de Lons-le-Saulnier et la Galerie du Granit à Belfort en 2001.

Parmi ses dernières expositions collectives: 
Artspace à New Haven, Connecticut, Usa, la Galerie des Ponchettes à Nice, le Centre Culturel Suisse à Paris en 2011, le Musée de Picardie à Amiens en 2010, les Rencontres internationales de la photographie à Arles, et la Villa Arson en 2009, le Sungkok Art Museum à Séoul en 2008, le Centre Pompidou, Musée national d’art moderne à Paris et  le MAMAC à Nice en 2007, le Musée Pera à Istanbul et le Benaki Museum à Athènes en 2006.

En plus de la collection du Frac Franche-Comté, son œuvre est présente dans les collections du Musée national d’art moderne Georges Pompidou et du Musée du Louvre, Paris, du Mamco, Genève, du Mamac à Nice, du Musée des Beaux-Arts de Nantes, du Musée de Picardie à Amiens, du Musée des Beaux-Arts de Dijon, du Fonds national d’art contemporain à Puteaux, de la Bibliothèque nationale de France à Paris, du Musée départemental de La Roche-sur-Yon, de la Maison européenne de la photographie à Paris, du Fonds municipal d’art contemporain de la Ville de Paris et des Frac des Pays de la Loire, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Bretagne, Bourgogne, Alsace.

 

Mauvais genre?

 

Cette exposition présente trois artistes qui interviennent sur la condition des femmes issues de minorités sexuelles, sur les violences qu’elles subissent, et sur les problèmes de construction d’identités collectives de ces communautés (A. Gallardo et Z. Muholi). Mais aussi sur les ambiguïtés que nouent le réel et le décoratif ou les antagonismes et contrastes qui portent les expressions exprimant positivement ou négativement le sentiment amoureux ou le désir (L.Sartorio).

Pour Ana GALLARDO, cette thématique s’inscrit dans le cadre d’une œuvre qui travaille sur la mémoire collective et individuelle des hommes et des femmes victimes de la violence des rapports sociaux, sur les liens entre des individus et des communautés sociales, générationnelles et/ou sexuelles. Elle présentera A Boca de Jarro, une vidéo-installation. Dans cette œuvre la protagoniste est Silvia Monica, transsexuelle et militante de Amnar (une association de femmes qui luttent contre l’exclusion sociale et les violences que subissent les prostituées à Buenos Aires). Sur un air de tango très populaire composé par Osvaldo Fresedo, elle chante le texte d’un article sur la prostitution infantile.

Zanele MUHOLI travaille sur le genre et plus précisément la construction d’une identité de la communauté lesbienne et transsexuelle d’Afrique du Sud. Elle le fait à travers la pratique d’une activité de portraitiste et de documentariste. Elle présentera un ensemble de 15 photographies de la série Faces and Phases, constituée de portraits interrogeant l’identité de femmes lesbiennes noires. Elle montre dans son travail la diversité de cette communauté et, en opposition à une vision univoque de cette communauté marquée par les stéréotypes, elle en propose des figures multiples. Elle sera accompagnée de la projection de Hate Crime, une vidéo documentaire sur les violences subies par les femmes lesbiennes en Afrique du Sud.

Lisa SARTORIO présentera une série de photographies de la série X puissance X. Ses tirages reprennent à leur compte la tendance à la déréalisation du réel dans le motif, mais inversement, dans les interstices de motifs décoratifs quasi abstraits, elle opère un retour du réel avec ses relations, sociales, sa violence, ses stéréotypes sociaux, alimentaires et sexuels. Au-delà du motif décoratif apparaissent dans ses mailles le corps nu de l’artiste, des alignements de squelettes, des scènes de guerre ou encore des vues de cimetières militaires. Le décoratif est ici hanté par la vanité. Pour l’exposition une version spécifique de certaines des œuvres de cette série sera proposée par l’artiste. D’autre part, elle réalisera deux versions de l’oeuvre Putain je t’aime, l’une composée d’un ensemble de mots d’amour ou d’insultes écrits ou collés sur la vitrine de la nouvelle véranda du 19; l’autre, le jour du vernissage, sous la forme d’une performance.

Performance Putain je t’aime de Lisa Sartorio

réalisée avec le concours des élèves de l’atelier animé par Hervée de Lafond co-directrice du théâtre de l’Unité. Putain je t’aime c’est d’abord des mots d’amour et des insultes que l’on récolte, puis des participants que l’on recherche pour les dires. C’est ensuite une haie d’honneur qui se construit autour de ce langage entrepris comme lien social. Des mots si particuliers qu’ils impliquent l’autre avec ou sans son consentement et en font un personnage pour soi. Putain je t’aime c’est la mise en place d’un espace de jouissance, où les mots récoltés sur de l’intime, publiquement s’entrechoquent, le temps d’un passage, celui d’un spectateur, puis se taisent dans l’attente du prochain.

En partenariat avec le Festival Libres Regards. www.festivallibresregards.com

 

Eléments biographiques

Ana GALLARDO (née en 1958, vit et travaille à Buenos Aires) est une artiste argentine. Elle pratique un art impliquant à la fois vidéos, dessins, photos et actions participatives. Elle a exposé en 2012 à la galerie Ignacio Liprandi à Buenos Aires, au Musée de la mémoire à Mexico, en 2011 au Musée d’art de Niteroï à Rio de Janeiro, au Kunstverein de Wolsburg en Allemagne, en 2010 à la Biennale de Sao Paulo, en 2009 à la Biennale du Mer- cosur à Porto Alegre, avec une vidéo installation et en 2008 au 19 Crac de Montbéliard. Elle est représentée par la Galerie Ignacio Liprandi de Buenos Aires.

Zanele MUHOLI (née en 1972, vit et travaille à Johannesburg) est une artiste photographe et vidéaste sud africaine. Elle a été exposée en 2012 à la Documenta de Kassel, aux rencontres de la photographie d’Arles, en 2009 au Museum voor moderne kunst d’Arnhem, en 2008 à la Kunsthalle de Vienne et à la biennale de La Havane, en 2007 au Kunstverein de Berlin. Elle est représentée par la Galerie M. Stevenson de Cap Town.

Lisa SARTORIO (née en 1965, vit et travaille à Paris) est une artiste française émergente sortie de l‘école nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris. La performance Putain je t’aime a été présenté au Palais de Tokyo et au Palais de Chaillot avec Arte. Elle a été exposée par la galerie Binôme à la Foire Slick à Paris en 2011 et 2012, à la MACC de Fresnes et à la Maison du geste et de l’image. Elle est représentée par la Galerie Binôme à Paris.