Camille Saint-Jacques - Journées

25 Juillet
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25 Septembre
Camille Saint-Jacques

 

Depuis quelques années la pratique artistique de Camille Saint-Jacques (né en 1956, vit et travaille à Colombes) s’est resserrée autour d’une activité « modeste ». Dans son petit atelier il se consacre à peindre sur des papiers qu’il fixe au mur et sur lesquels il a tracé un cadre qui évoque délibérément celui du tableau. Il peint un « paysage » qui campe à la lisière de son apparition ou de sa dissolution dans la touche colorée. Il nourrit sa peinture de ce que lui suggère son « petit carré de jardin » : telle portion du sol pelée par les jeux des enfants, des flaques d’eau après le passage de la pluie, la façon dont la lumière du jour et de la nuit donne consistance aux choses, et recompose leur agencement. Cieux, sols, flore et parfois esquisses d’objets ou de personnes deviennent les figures de l’émergence d’une scène picturale où se conjuguent observations, remémorations, évocations. Il s’agit dans ce microcosme de réinventer un monde, qui se tisse et se défait au fil du pinceau et au gré des pigments. Une modestie ambitieuse qui passe aussi par des confrontations avec l’histoire même de la peinture. Dans l’atelier de la rue de Chatou le présent de la peinture se mêle à une histoire qui irrigue les denses linéaments de sa pratique. Un exercice du « voir » qui revendique pour l’exercice de la peinture l’impression colorée, les associations d’images, les impulsions de l’imagination et la logique propre de sa « geste »,  « ...Encore une fois, je suis parti de cet espace entre le noisetier et le mur du jardin. Combien de fois vais-je peindre ces trois mètres carrés de terre humide et d’herbe rase ? Est-ce là un motif ? J’ai pourtant l’impression que je pourrais ne peindre que cela, que j’en ai pour la vie. Je ne sais si cette perspective m’attire ou m’effraie. Pourtant, après la pluie, quand le ciel se reflète dans la flaque formée à même la terre et que j’aperçois à la périphérie un peu d’herbe et le rouge des feuilles de la vigne, l’excitation est aussi visuelle qu’intellectuelle. Je trouve que c’est plus beau que tout, que c’est un microcosme sans pareil. En même temps, je me méfie, de Constable-le-dibouk, de vieux Monet scrutant son jardin de Giverny. Bon, j’en suis là. Une chose encore, importante : le bien-être fou qui résulte de l’action de faire passer l’énergie du corps sur le papier.… {…} C’est fou ce que je suis lent. À une époque où tout va vite ! La cinquantaine passée, voilà seulement que j’ai l’impression de trouver une cohérence entre la vie que je mène et la peinture. Je ne regrette pas toutes les étapes antérieures, elles ont sans doute été utiles, et je m’y suis donné sans recul. Mais je suis surpris et amusé du cours de ma vie. Il me semble de plus en plus que l’expérience me réussit mieux que la nouveauté. Or, nous vivons des temps où seules la nouveauté, la transgression, intéressent. Les peintres qui me plaisent ont tous en commun d’avoir été bons dans la durée. Je préfère les époques tardives aux avant-gardes » note-t’il dans son récit journal qu’il a écrit pendant près d’une année.

Environ une dizaine de grandes aquarelles sur papier ont été présentées dans l’exposition au centre d’art. À cette occasion, Le 19 en coédition avec les éditions Lienart publie « Journées », un récit- journal que Camille Saint-Jacques a tenu et écrit pendant près d’une année.