Elina Brotherus - 12 ans après

15 Novembre
»
14 Janvier
Elina Brotherus

Elina Brotherus présente principalement 12 ans après, un portfolio rassemblant des photos prises sur les lieux qu’elle a découverts en arrivant en Bourgogne, puis en y revenant photographiquement douze ans plus tard, depuis qu’elle s’y est installée. Ses photos mélangent paysages et autoportraits,  interrogent la trace du temps sur les êtres et les choses, sur les lieux et les paysages. Déployant le journal d’un voyage dans le temps à l’éventail d’un regard, l’humour y côtoie la mélancolie. La lumière nimbe les paysages, les êtres et les objets d’une présence crépusculaire.

Sont présentées des projections vidéos issues d’un séjour new yorkais qui portent un double regard sur le portrait et l’autoportrait quand il est au bord de ce qui va devenir un souvenir. En interrogeant la représentation de soi et de l’autre, avec les couleurs de l’empathie et un va-et-vient subtil entre le poétique et l’humour.

François Cheval l‘accueillit en résidence en tant que directeur du Musée Nicéphore Niepce à Chalon sur Saône et fut à l’origine du portfolio. Dans le texte qui ouvre ce parcours photographique des paysages et de l’artiste dans le temps il rappelle qu’ « Elina Brotherus a revêtu les mêmes vêtements et s’est reposée aux endroits qu’elle avait découverts douze ans auparavant. Entre les deux moments, quelque chose de suffocant et muet, un interstice de plus de 4000 jours et autant de nuits. Pendant ce temps-là, Elina Brotherus a beaucoup voyagé, voyagé tout le temps. Elle est devenue photographe. Une photographe respectée. On l’expose, on la collectionne. Les récompenses se sont accumulées. Elle revient ici pour retrouver ces murs où elle peut disposer d’autres post-it qui sont autant de nouvelles histoires. (…) En reconduisant l’image d’un lieu et de sa propre figure à deux moments différents, on prend le risque de côtoyer quelque chose d’effrayant. A l’origine, si le principe photographique de la reconduction est simple, basé sur la pseudo-fixité du cadrage et la stabilité du point de vue initial, il ouvre d’insupportables perspectives. La rigueur de la méthode livre des informations objectives qu’il nous faut affronter. La juxtaposition des images est cruelle ; et pas seulement dans la mesure du vieillissement. (…) Elina Brotherus nous a habitués à nous laisser envahir par des biographies à sa manière à l’aide des plus petits détails. Cette œuvre est liée intimement à la vie de son auteur, à la façon dont on ne sait si elle accepte sa vie ou la subit. La maîtrise - parfois exhibitionniste - de son corps, la confusion de la photographie et de ses émotions, signifient une volonté de contrôle des deux. (…) Ses travaux d’étudiante racontaient déjà sa vie, entre bonheur et déception familiale. Elle a appris ensuite à prendre des attitudes romantiques entre les lacs nordiques et les vignes bourguignonnes. Elle se tenait là triomphante si proche de l’idéal. Tout ce qui est arrivé par la suite demeure insaisissable.

A plusieurs reprises, au milieu de la rumeur « artistique », elle a sans fards, tenté de saisir sa propre figure. La figure de celle qu’elle ne connaît pas vraiment. Mais cette série prouve qu’elle n’abdique pas. Elle ne se considère pas comme un matériau d’histoire artistique, mais simplement comme une femme qui tente d’exister. Tout simplement.»

 

Nous remercions pour son concours la galerie gb Agency, Paris. 12 ans après est un portfolio produit par le musée Nicéphore Niepce, Chalon sur Saône. Nous remercions François Cheval pour l’autorisation d’utiliser son texte et Sylvain Charles pour la réalisation des tirages.