FGW

6 février
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8 Mai
Olivier Filippi
Karlos Gil
Michèle Waquant

Ces expositions réunissent trois artistes : trois pratiques, trois générations et trois nationalités. Trois artistes qui tissent un lien transitoire entre abstraction et figuration, dans une certaine approche du minimalisme des moyens et de l’économie des effets. Les expositions se proposent comme un moment de méditation, de contemplation, lente et nécessaire face à l’ultra accélération des informations du monde contemporain. Trois univers aussi, où se mêlent : l’artifice à travers les peintures et dessins abstraits de Filippi, monde clos de la couleur;  le technologique avec les œuvres de Karlos Gil qui offrent des solutions matérielles à des besoins immatériels ; et la nature avec Michèle Waquant qui passe inlassablement du paysage au tableau de paysage dans ses œuvres.

Ces artistes proposent un moment de concentration, de réflexion, qui doit s’accompagner de vigilance pour saisir les œuvres dans leurs complexités. C’est un art ici, qui malgré une certaine lacune de la représentation, est hypersensible. En effet, il fait appel à nos sens les plus aigus afin d’y percevoir le langage, non pas abscons, mais bien subtil des œuvres. 

Olivier Filippi (né en 1969 en France) présente des peintures (sur toiles et murales), des dessins, tous abstraits. Dans les peintures se joue une sorte de répétition à ceci près que la couleur est légèrement altérée, assombrie au fur et à mesure qu’elle s’amplifie. «  J’ai toujours produit des séries ou des ensembles. A travers celles-ci, je cherche probablement à produire une couleur qui aurait une durée, qui se déploierait au-delà de l’espace restreint du tableau. Il me faut un point de départ, une structure aussi légère que possible pour produire une situation qui favorise une suite. Il s’agit de favoriser une concentration suffisante du regard, de l’attention, sur une chose (un tableau) tout en rendant possible ce qui précède et/ou ce qui suit. Cela prolonge l’expérience, en la faisant apparaître sous divers éclairages, jusqu’à, possiblement, la rendre méconnaissable, ou en tous cas éloignée du point de départ.» 

Avec Noir/Vert/Rose, Filippi jouera ici avec l’architecture du lieu et ses dimensions, passant de la toile à la paroi, de l’épaisseur du châssis à la planéité du mur et pour ainsi dire de l’échelle de la peinture de salon à celle du lieu d’exposition.

Quand à Karlos Gil (né en 1984 en Espagne) produit des sculptures, des installations, des vidéos et autres médiums. Son travail traite de la notion de détournement par la réinsertion d’idées et par le biais de la fiction. Le processus à travers lequel ces idées sont matérialisées établit une condition de récit qui donne lieu à des éventualités. À partir d’une reconfiguration de l’«objet idée», Gil développe des coordinations d’informations plus ou moins utiles. Dans son œuvre se croisent, à mi-chemin, les héritages des artistes minimalistes et conceptuels, tant dans la forme que dans le processus de création des œuvres. Avec Output Functions, l’artiste rejette l’idée de l’art comme tautologie, qui sous-tend les fondements de la modernité, à travers des fragments de mécanismes organiques imprimés en 3D, quelque part entre étrange et dysfonctionnel. Conçu à partir de modèles open code, chaque élément intègre des couches inattendues d’informations et de références qui nient sa propre condition comme artefact.

Et enfin, Michèle Waquant (née en 1948 au Quebec) travaille la vidéo, la photographie, la peinture, le dessin ou l’écriture. Elle pose toujours un regard attentif et patient sur les événements, les lieux et les gestes du quotidien. L’artiste interroge le réel non pas seulement à travers une représentation qui en dessine ses contours, ses événements et ses paysages mais plus à partir d’un processus où la lumière, le cadrage, un usage du ralenti et un sens de la durée le réinvente. Elle transforme ce réel qu’elle s’approprie en un univers qui en accuse les lignes de force, les zones d’ombres et de lumières. Dans sa relation au réel, elle imbrique le documentaire et le pictural tout en interrogeant les relations entre nature et culture. Le monde est dans ses photos et films comme un tableau où le paysage serait à la fois « travaillé » par la lumière et l’ombre mais aussi indiciel de ce qui peut être à la fois un état ou un moment du monde. L’exposition présentera deux vidéos de l’artiste, trois installations vidéos et une série de photographies des années 1980. La route de Nesles et Nuit Nesles proposent une double traversée d’un paysage, de jour, puis de nuit. Le tout lié par la relation à l’espace, à la nature, à la traversée et au regard du spectateur face à ces deux plans.