Florence Chevallier

9 Mars
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13 Avril
Florence Chevallier

L’exposition Brêve Durée présente aux côtés de l’œuvre vidéo qui porte ce titre, un choix de vidéos et de photographies extraites d’un ensemble de séries de l’artiste qui s’échelonnent entre 1996 et 2010.

L’œuvre vidéographique et photographique de Florence Chevallier (née en 1955, vit et travaille à Paris), tout en investissant la pratique du paysage, du portrait, de l’autoportrait et de la scène de genre, se déploie entre le document et l’allégorie. La question du temps, d’une érotique du corps et du paysage sont au cœur de ses préoccupations. Le paysage chez Florence Chevallier est comme hanté par une mélancolie qui infléchit souvent ses oeuvres vers la vanité.

Le temps est une donnée récurrente et fondamentale de son travail et ce à plusieurs titres. A la fois comme mesure d’une distance entre Les Philosophes, 1996 celui de la scène figurée et celui de ceux qui la regardent. Et comme une conscience de l’écart entre la perfection de l’instant et l’altération que le temps produit. Le travail du temps est ici matérialisé aussi bien dans le devenir que préfigure l’image de ses articulations entre les cycles de la vie (Les philosophes) que dans la conscience de ce qu’il produit comme perte. Conscience qui donne aux photographies de Florence Chevallier une lumière aux couleurs de la mélancolie. Il y a ainsi dans certaines de ses vidéos quelque chose de la vanité comme on peut le voir dans Brêve Durée mais aussi dans d’autres photos et vidéos de l’artiste.

Une érotique du monde sous-tend nombre de ses travaux qu’il s’agisse de portraits, de scènes de genre ou de paysages. Il y a dans son œuvre une économie libidinale des figures et du paysage qui est très perceptible tant dans les photographies que dans ses vidéos. Postures des « personnages », tensions, plis et replis des corps, voire leurs entremêlements, détails de corps animaux, jusque dans les mouvements potentiels des corps, tout concourt à une érotisation des images produites. De même dans les mouvements de la nature qu’elle saisit et privilégie - jaillissements, ouvertures, écoulements (chutes d’eau, rosée, branchages) - s’incarne et s’ourle une économie du désir.

Un art de la vanité. Telle pourrait être une des caractéristiques de son œuvre. Car concomitante aux figures du bonheur (voire de l’extase) l’image est ici aussi celle de la dégradation et de la mort à l’œuvre. Cette tension entre l’extase et la décomposition sous-tend nombre de ses photographies et vidéos.

La photographie chez Florence Chevallier n’est pas qu’un simple enregistrement du réel. Si la part documentaire est présente dans les travaux plus récents de l’artiste elle revendique tout autant le fait qu’une image est aussi une construction ; un éclairage singulier qui recompose avec le réel, avec ses lumières et ses ombres, avec le monde végétal, animal et humain des situations qui condensent de la durée et de la pensée. Sa photographie pratique un art de la métonymie et de la métaphore. Elle témoigne de la conscience qu’au revers du sublime se trouvent aussi les couleurs du chromo, et que les images sont infidèles à la réalité qu’elles sont censées reproduire. C’est pourquoi il y a dans son œuvre un constant dialogue avec le réel et l’histoire de sa représentation tant photographique que picturale mais aussi avec ce qui permet à l’art de s’affranchir d’une soumission de l’hagiographique ou d’un positivisme simpliste à l’égard du réel. Philippe Cyroulnik