Lola Gonzàlez - The Fine Art Collection

3 février
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15 Avril

Lola Gonzàlez, Alex

The Fine Art Collection, Grâce au travail de ceux qui espèrent

Deux expositions monographiques se côtoient dans l’espace du 19, Crac : celle de Lola Gonzàlez et du duo The Fine Art Collection formé par Fériel Djenidi et Roxane Romann.

Depuis le début des années 2010, Lola Gonzàlez n’a de cesse de filmer la même communauté et la même génération d’amis dans des sites et des situations pour le moins étranges et ambigus : maisons de famille atemporelles ou bâtisses cossues et désuètes, sises dans des paysages - forêt ou bord de mer - vaguement inquiétants, accueillent des échanges et des rituels qui s’élaborent par le langage corporel plutôt que par la parole, généralement rare. La dimension onirique de ces fictions n’exclue pas une sourde menace, quoique contenue, dont on ne sait si elle surgira de l’extérieur ou de l’intérieur du groupe, de l’extérieur ou de l’intérieur de la nature qui l’entoure.

Son exposition au 19 marque un point d’étape dans le travail de l’artiste en faisant dialoguer sur un mode immersif films passés et images initiales de son premier long métrage à venir - Alex - tourné dans la région d’Athènes. Ce dernier s’attache au personnage d’un danseur (Alex) dont tous les modes de perception et d’expression se sont progressivement altérés alors qu’apparaissaient de nouvelles sensations et un nouveau langage. Coupé de son entourage et de toute filiation, il rejoint une communauté d’âmes errantes à travers l’Europe…

Langage, croyances populaires et partage des savoirs constituent la matière première de The Fine Art Collection. Leurs œuvres peuvent prendre la forme de performances, d’éditions, d’expositions ou d’événements élaborés à partir de protocoles leur permettant d’intégrer le public comme acteur de l’œuvre. Entre geste poétique et utopie agissante, les stratégies de ce tandem ont pour objectif d’accompagner ce public vers l’élaboration subreptice d’un projet commun, aussi éphémère soit-il, le faisant ainsi évoluer du rassemblement d’individus à l’action collective.

Alors que l’heure ne semble plus être aux utopies, leur exposition au 19 en réactivent et questionnent deux formes à travers trois installations : l’esperanto tout d’abord, que les artistes évoquent d’une part à travers la destinée d’une variété de tulipa viridiflora dénommée « esperanto » par son obtenteur, d’autre part dans une vidéo performance retraçant leur tentative d’intégrer la traduction du mot « performance » au dictionnaire espérantiste. Leur deuxième installation, née de la citation de Cicéron « si hortum in bibliotheca  habes, deerit nihil », propose un jardin-bibliothèque collectif dédié aux utopies.

La démarche de ces trois artistes, et l’esthétique qui en découle, diffèrent indéniablement : le duo entretient le potentiel performatif de ses installations, tandis que la fiction quasi onirique conserve aux films de Lola Gonzàlez une distance politique et critique. Cependant, toutes interrogent la capacité des langages corporels et verbaux à dire le monde qui nous contient, à en restituer le merveilleux ou le surnaturel. Toutes trois convoquent pour cela les formes du commun (actions collectives ou regroupements communautaires) pour en expérimenter l’aptitude et les limites à produire un nouveau vécu, d’autres possibles.

 

Lola Gonzàlez est née en 1988,  elle vit et travaille à Paris et en Charentes.

Fériel Djenidi est née en 1990, elle vit et travaille à Bruxelles.

Roxane Romann est née en 1991, elle vit et travaille à Bruxelles.

The Fine Art Collection sera en résidence dans les écoles primaires de Valentigney dans le cadre d’un dispositif CLEA de janvier à juin 2018.