Olivier Millagou, David Posth-Kohler

31 Mars
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1 Juin
Olivier Millagou
David Posth-Kohler

Depuis plusieurs années, le 19 accompagne des artistes en résidence dans les collèges et les lycées de la région Franche-Comté. Ces résidences sont des moments d’échanges et de partages entre artistes et élèves autour de la production d’une œuvre, mais aussi avec les habitants du quartier ou de la ville et les parents d’élèves.

Forts de ce dialogue noué entre les enseignants, les élèves, les artistes et le 19, deux plasticiens sont à nouveau invités cette année. Dans le cadre du dispositif « La Parole aux collégiens », David Post-Kohler interviendra au Collège Anatole France de Bethoncourt, pendant qu’Olivier Millagou interviendra au Lycée professionnel du Luxembourg de Vesoul, au CFAA de Valdoie et au Lycée Louis Aragon d’Héricourt. De par leur capacité à s’approprier et à croiser divers registres culturels (art contemporain, artisanat, cultures vernaculaires et subcultures), Millagou et Post-Kohler pourront encourager les élèves à intégrer leur propre univers de références et de codes culturels aux expériences plastiques qu’ils leur proposeront. Ces frottements devraient alors permettre la nécessaire mise à distance des idées dominantes, avec humour et ouverture à l’autre.

Le travail de David Posth-Kohler est fait de rencontres : rencontres d’images, de matières, de techniques et surtout de personnes. Artiste voyageur, attentif à l’inhabituel et ouvert à l’accidentel, il se déplace et observe en touriste autant qu’en ethnologue le monde qui l’entoure. L’univers qu’il élabore fait la synthèse des cultures de notre monde : naviguant entre le consumérisme et le « Do it yourself », il réinvente des objets du commun en déplaçant leur fonction initiale, souvent utilitaire, vers une fonction poétique ouvrant à la réflexion.

David Posth-Kohler recourt principalement au moulage et produit des sculptures en plâtre ou en céramique à partir d’objets sélectionnés dans son journal photographique partagé sur internet où se croisent réflexions plastiques et instants de vie.

Entre pratique artisanale et expérimentation, son travail révèle un désir d’émancipation de l’objet. En reconstruisant des formes communes (baskets, téléphone portable, sac à dos…), il propose de mieux les comprendre, de se les réapproprier, et de leur offrir une autre existence en dehors des registres préétablis.  David Posth-Kohler interroge la mince frontière qui sépare l’œuvre de l’objet quotidien. Par le biais de l’échange et du partage des savoirs, il porte un regard sur la pluralité du monde, faisant ainsi dialoguer les cultures.

Au cœur du travail d’Olivier Millagou on retrouve les subcultures, tout particulièrement celle du surf qui le fascine depuis longtemps, avec son lot de pop music, (les Beach Boys, bien sûr, mais aussi The Challenders ou The Surftones), de beach movies (Out of Sight de Lennie Weinrib, 1966) et d’images acidulées. Certaines techniques - bois brûlé, céramiques informes, lumières tamisées -, ainsi que toute une iconographie – éclipse, soleil noir, figures primitives, palmier tronqué, visages effacés… -  laissent pourtant deviner un versant plus sombre que l’apparente blonde luminosité que l’on prête à la jeunesse de la Californie du Sud. Les œuvres de Millagou nous rappellent en effet les lointaines origines polynésiennes d’un surf interdit par des missionnaires, choqués par la liberté des corps que cette pratique induisait, puis sa réappropriation par la contreculture américaine d’un après-guerre puritain et encore belliciste. Cette quête a priori solaire s’avère alors celle, plus mélancolique, d’un paradis à jamais perdu.

Dans ses installations, l’artiste accorde au son un rôle essentiel et structurant. S’il n’est pas musicien lui-même, il collabore fréquemment avec certains d’entre eux et utilise volontiers le procédé du field recording (enregistrement direct des sons environnants puis éventuel remixage). C’est ce matériau qu’il utilisera de préférence pendant sa résidence.

Les deux artistes seront réunis dans une même exposition à La cantine d’art contemporain de l’École d’art  de Belfort G. Jacot du 31 mars au 1er juin. Cette exposition entremêlera œuvres récentes et productions inédites réalisées dans le cadre de leur résidence.