La peinture mode d'emploi

12 Mai
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26 Août
Jean-Pierre BERTRAND - Fabian BURGOS - Martine DAMAS - Olivier FILIPPI - Bernard FRIZE - Joe FYFE - Rémy HYSBERGUE - Alix LE MÉLÉDER - Christian ROTH - Mariela SCAFATI - Emmanuel VAN DER MEULEN

 

Cette exposition rassemble des peintres de différentes générations : Les uns ont acquis une maturité et une notoriété nationale voire internationale (J.P. Bertrand, F. Burgos, B. Frize, J. Fyfe et A. Le Méléder) ; les autres émergent sur la scène artistique ou sont au début d’une œuvre prometteuse (M. Damas, O. Filippi, R. Hysbergue, C. Roth, M. Scafati, et E. Van der Meulen).

Ces artistes, sans renoncer au tableau ou aux médiums traditionnels de la peinture, ont opéré pour une part une réduction délibérée de leur pratique à un certain nombre de paramètres précis. Il s’agit pour certains d’éviter le pathos gestuel au profit d’une expérimentation des potentialités formelles du geste coloré, pour d’autres au contraire, d’aller à l’essentiel du geste, du signe ou du tracé jusqu’à parfois l’objectiver. Certains se constituent une gamme de formes ou de structures avec lesquelles ils composent des ensembles ou des partitions qui font qu’un tableau est à la fois autonome tout en étant intimement lié à d’autres.

Les outils et les matériaux sont souvent utilisés en décalage ou à contre-emploi de la pratique picturale et de notions comme la dextérité ou le brio. Ils peuvent faire appel à des pratiques comme celles de la couture, du bricolage, de l’association de matériaux hétérogènes. Ils peuvent pour certains considérer que la peinture est un territoire traversé par une pratique qui peut l’excéder. Le matériau y est plus qu’un médium, il devient un humus.

Les uns récusent l’expressivité ostentatoire et les autres s’inscrivent dans une logique de distanciation du fait pictural. Ils essaient de travailler les écarts entre programmation et hasard, fabrication et exécution. Ils éprouvent les variations qu’introduisent les aléas de la main dans l’exécution de la règle. Certains se réapproprient les traditions géométriques. Sur un autre bord ils intègrent le contexte social comme élément producteur de formes. Il y a souvent chez eux l’écho réactualisé de certaines des postures propres à l’art minimal ou conceptuel, voire aux problématiques déconstructives issues de Support Surface ou BMPT. S’ils n’hésitent pas à simplifier et épurer, ils se tiennent à distance d’un certain puritanisme qui a souvent porté les abstractions, sans pour autant verser dans le pittoresque baroque. Ils travaillent selon des modes qui s’attaquent aux méthodes de production, jusqu’à interroger les modalités d’existence du fait pictural. Ils interrogent les relations entre espace formel et espace sensible ou les articulations entre geste et couleur, « faire » et forme, conception et exécution, répertoire et interprétation.

Ils configurent un ensemble de modes d’emploi et d’exercices de la peinture aujourd’hui. Ce n’est pas un hasard si une partie d’entre eux associent des techniques industrielles et artisanales aux savoirs faire propres à la peinture. Les uns inventent les outils qui amplifient ou complexifient les gestes, définissent des outils qui obligent à «collectiviser» la production ; les autres s’approprient des procédures logiques ou géométriques, ou pratiquent des amalgames de matériaux hétérogènes. Cela leur permet aussi d’être à la fois dans la référence et l’invention. Dans l’expérience de la peinture jusqu’à sa limite.