Pierre-Yves FREUND "Vol d'images"

4 Octobre
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15 Novembre
Pierre-Yves FREUND

"J'ai collé des images sur le mur, pas trop haut, pas trop bas, que tu les voies. Dans la ville, je les ai souvent cachées, sur le soupirail, à l'arrière du Musée, une subsiste encore , peu savent, elles résistent bien tu sais, qu'importe d'ailleurs.

Je te dis pas ou je traîne pour trouver les magazines dont elles viennent, les lieux dans les forêts, les égouts et les tissus intimes de soie noire jetés délaissés, petits bouts de rien perdu ramassé, et ce risque de ne pas retrouver en déplaçant un risque, encore un effort et je deviens formel.

Je vole des mots aussi, tu sais, je garde que des détails, et je les isole de leur contexte. Cela, elle me le reproche, quand je la vole.

C'est rien tu sais, c'est des blessures, rouges souvent, celles dont je viens comme disait Ferré , fascination de soie et de résille, lèvres rongées au vent et à la pluie, simple histoire de temps, mémoire, et moi je ramasse, toujours à visiter la poubelle de mon ombre, les images y sont belles quelquefois, suffit de regarder, et au sol de la chapelle le vitrail fait jouer un reflet bleu que j'aime, c'est tout.

Après je les donne, avec d'adroits mots maladroits au dos, ou volés, vol d'image dit-il, je les donne, à qui j'aime et elles s'érodent, comme je d'ailleurs . Définir plus est réduire.

Allez, colle et puis déchire maintenant, tu n'en auras qu'un morceau que tu jettras. Je le ramasserai peut-être.

Demain je coulerai du plâtre, j'y mettrais des bouts d'images peut-être. On ne sais jamais."

Pierre-Yves FREUND, 2002