Rain - Isa Melsheimer

13 Octobre
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13 Janvier
Isa Melsheimer

L'exposition monographique de l'artiste allemande Isa Melsheimer se déploiera dans tout l'espace du 19, Crac jusque dans les espaces de stockage. Art et architecture dialogueront avec le site voisin de la chapelle Notre-Dame-du-Haut à Ronchamp réalisée par Le Corbusier.

Isa Melsheimer est née en 1968 à Neuss, Allemagne. Elle vit et travaille à Berlin.

Quand l’artiste berlinoise Isa Melsheimer s’intéresse à l’architecture moderniste (et à ses prolongements brutalistes) ou au design postmoderne, c’est autant pour le bâtiment ou l’objet lui-même que pour tout le projet qui le sous-tend, pour les relations complexes tissées entre forme, fonction, usage et idéologie sous-jacente. La réappropriation critique qu’elle en propose s’opère fréquemment à travers des jeux d’échelle relativistes, que permettent d’une part le recours au format maquette, d’autre part la retenue et l’espacement auxquels obéit l’agencement des œuvres les isolant les unes des autres.
    Ses sculptures, installations, images et dessins exercent cette « clarification de l’existant » en faisant également dialoguer ou se télescoper les utopies de l’histoire avec d’inattendus objets ou images du présent, ou encore les matériaux signifiants de la modernité (verre et béton) avec les techniques des arts « mineurs » (céramique, broderie ou gouache). Ces dernières façonnent un univers plus foisonnant et narratif, tissé de détails, de renvois et de citations en tout genre, que l’artiste situe volontiers en bordure des œuvres, autour d’un accroc ou dans quelque anfractuosité, comme pour en souligner l’état de précarité.
    Cette attention pour l’entre-deux et pour les zones de contact se reporte aussi sur le lieu d’exposition lui-même, et tout particulièrement sur ses espaces dérobés au regard des visiteurs. Ainsi l’artiste laissera-t-elle ouverte quelque porte donnant sur une zone de stockage ou ira découvrir derrière les cimaises ce qui structure le bâtiment, pour les intégrer à son exposition et les donner à voir – tout ou en partie – au visiteur.
    La chapelle Notre-Dame-du-Haut de Ronchamp, réalisée par Le Corbusier en 1955 et située à 30 km du centre d’art, constitue le fil conducteur de l’exposition d’Isa Melsheimer au 19, Crac. Elle poursuit un dialogue critique avec les réalisations de l’architecte, entamé en 2010 avec la tenture Battle Line 1 (en écho aux études de femmes algériennes de Le Corbusier) et l’exposition Dachgarten à la galerie Jocelyn Wolff. De la chapelle, elle retiendra un principe de réversibilité des espaces intérieurs et extérieurs et s’attachera à quelques détails signifiants, telle la gargouille évacuant les eaux de pluie dans une citerne.
    Enfin, elle présentera également son premier film, Wasser Ballet für Marl, ballet aquatique réalisé en 2017 en hommage à l’architecture moderniste délaissée de la ville de Marl.

Isa Melsheimer was born in 1968, Neuss, Germany. She lives and works in Berlin.

When Berlin artist Isa Melsheimer takes an interest in modernist architecture (and its Brutalist extensions) or postmodern design, her attention focuses as much on the building or the object itself as on the whole project that underpins it, the complex relations at play between form, function, use, and underlying ideologies. The artist frequently carries out such a critical re-appropriation through relativist effects of scale enabled by her use of scale-model formats, as well as by the rules of restraint and spacing that separate her works from one another.
    In order to enact this “clarification of existing entities”, her sculptures, installations, pictures and drawings create dialogues and collisions between historical utopias and unexpected objects or images drawn from the present, and between materials that signify modernity (glass and concrete) and techniques borrowed from “minor” arts (ceramics, embroidery or gouache). These techniques give shape a abundant, narrative universe brimming with a host of details, references and quotations left by the artist on the torn or creviced surfaces at the edge of her works, as if to underline their precariousness.
    The same concern for in-between-spaces and contact points is to be found in the exhibition space itself — more particularly in places usually hidden from the visitors’ view. The artist will for instance leave a door open on a storage space, or venture beyond the picture rails in search of structural elements to incorporate into her exhibition and — fully or partially —present them to the visitors.
    Located in Ronchamp, twenty-five kilometers away, Notre Dame du Haut is a chapel designed by Le Corbusier in 1955, and constitutes the main thread of Isa Melsheimer’s exhibition at Le 19, Crac. There, she has resumed a critical dialogue with the architect’s work initiated in 2010 with Battle Line 1 (a tapestry conceived as an echo to Le Corbusier’s studies of Algerian women) and her Dachgarten show at Jocelyn Wolff gallery. From the chapel, she borrowed the principle of reversibility that characterizes the building’s indoor areas, and will focus on several significant details, such as the gargoyle designed for discharging rainwater into a basin or a cistern.
    Lastly, she will present her first film, Wasser Ballet für Marl, an aquatic ballet directed in 2017 as a tribute to the city of Marl’s abandoned modernist architecture.