Retour sur l'abîme - L'art à l'épreuve du génocide

10 Octobre
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7 février

Les Musée(s) de Belfort > jusqu’au 7 février 2016

ABDESSEMED. ATTIE. BALKA. BARTANA. Beck. BERNARD. BLOCHER. Boltanski. BOROWCZYK. CERINO. CONVERT. Dehais. DESBOUIGES. DEUX. FAROCKI. Faucher. Freundlich. GINZ. Grossarth. Hyvrard. JANICKA. JEZIK. Jitrik. KICHKA. Kliaving. KOCZŸ. Kuitca. KUSNIR. LE SQUER. Lejzerowicz. LEVIN. MAAREK. Maryan. MINAVERRY. Monory. NARKEVICIUS. Nussbaum. Piotrowska. Sasnal. Seksztajn. Steib. STERN. STOJKA. Strzeminski. SWAIM. THÉO. VÉROT. VOSTELL. WEISS.     

Retour sur l’abîme évoquera à travers un certain nombre d’œuvres, une des tragédies fondamentales du XXème siècle européen : le génocide des communautés juives et tsiganes d’Europe il y a 70 ans lors de la seconde guerre mondiale. L’exposition montrera à la fois des œuvres d’artistes juifs assassinés par la machine de destruction du nazisme, ou victimes potentielles en tant que « malades mentaux » et d’artistes contemporains du génocide. Elle présentera des œuvres qui abordent la question de l’absence et de la disparition, interrogent la perception, la représentation et l’évocation du génocide, en évoquent les victimes et les bourreaux, portent sur l’enfouissement de cette tragédie dans l’ordinaire du présent et du paysage actuel et s’intéressent à la persistance ou au recouvrement de ses traces et indices dans notre présent et notre mémoire collective.

Le génocide nazi s’esquisse par des mises à l’index puis des autodafés d’œuvres et de livres suivis de la stigmatisation et de l’exclusion des êtres en amont de leur « élimination ». Il a connu un prélude avec le programme T4 d’extermination des handicapés mentaux, une acmé avec le programme d’extermination des Einsatzgruppen et leurs auxiliaires, celui quasi industrielle des camps d’extermination. Il se clôt avec la libération des camps d’Auschwitz-Birkenau et Dachau.

Mais ce qu’il a ouvert dans la culture occidentale c’est un trauma, une béance qui interroge le corpus social et culturel de l’Europe. Il a des prolongements jusqu’à nos jours. On ne peut manquer de faire retour sur les linéaments antérieurs de l’histoire qui en ont constitué le terreau : le développement de massacres coloniaux en lien avec une perception du monde à l’aune d’une idéologie fondée sur l’inégalité raciale et culturelle des peuples, le cataclysme de la première guerre mondiale avec l’industrialisation de la guerre et les massacres de populations civiles. L’émergence dans les consciences du génocide des populations juives et tsiganes n’est pas immédiate. Elle émerge et se détache progressivement de l’univers concentrationnaire. De même que les massacres sont aussi apparus peu à peu. 

L’exposition se propose de montrer à travers un choix d’œuvres ce qu’il en est de l’art à l’expérience du génocide ; on pourrait même dire à son épreuve. Mais elle intégrera une part documentaire montrant la contiguïté de l’ordinaire et du barbare dans le développement illimité de la violence dans l’espace et le temps. Temps d’une tragédie qui s’ouvre avec la nuit de cristal à Berlin et se conclue avec la défaite du nazisme. Dans l’onde de choc des événements comme les doubles bombardements d’Hiroshima et Nagasaki vont aussi être comme floutés et voilés. Les liens et la place, non seulement des forces nazies mais aussi de leurs auxiliaires, et l’imbrication du civil et du militaire dans sa mise en œuvre vont mettre du temps à se préciser.

L’exposition comportera plusieurs espaces qui construiront ce qui est à la fois un parcours historique du présent du génocide à notre présent, un paysage du désastre et son écho dans les interstices du présent. Elle donnera à voir les figures et les œuvres de quelques artistes qui y périrent et d’autres qui en furent les contemporains mais le vécurent psychologiquement comme un cataclysme. Elle dessinera une cartographie de l’abîme mais aussi les figures des bourreaux à travers un choix d’artistes contemporains qui se sont confrontés à ce que le génocide constitue comme expérience de l’extrême dans l’humanité. Elle proposera de multiples retours et évocations et nous confrontera aux interrogations que pose cette expérience de l’extrême.

L’exposition associera des artistes témoins et victimes de cette tragédie, des figures majeures de l’art contemporain et des artistes qui se sont interrogés sur ce moment tragique et sa représentation.

Il s’agit bien sûr de montrer les effets de persistance et d’altération que des événements traumatiques fondamentaux peuvent avoir dans notre histoire mais aussi de renvoyer à ce que l’exposition désigne en creux, au-delà de l’abîme entrouvert : les symptômes et marques du génocide réactivés dans le présent de notre histoire, les récidives possibles, les résurgences de processus de configuration de communautés en boucs émissaires possibles, l’utilisation des différences culturelles et religieuses pour répondre aux crises sociales et politiques par des politiques d’exclusion et d’élimination et enfin la réapparition de l’ethnicisation des différences.

Les avertisseurs d’incendie sont toujours des voix faibles qu’il est facile de ne pas entendre. Telles les lucioles, leur lumière est fragile et il faut prendre le temps d’y prêter attention.

Ces œuvres interrogent nos mémoires, les ambivalences de nos perceptions, les non-dits de l’histoire et les points aveugles des images et de la mémoire. Elles sont des stèles qui cristallisent dans notre présent le retour des ombres.

Mais elles ne font pas barrage aux trains de nos désastres. Elles signalent, révèlent et mettent à nu. Elles dévoilent nos occultations et les troubles de nos mémoires. Le reste est l’affaire des hommes. Notre affaire.

Délibérément l’exposition touchera à tous les domaines artistiques (arts visuels, cinéma, musique et littérature). Elle intégrera des réflexions philosophiques et politiques que cette tragédie a suscitées tant en ce qui concerne sa généalogie que ses conséquences pour notre humanité.