Le vol en provenance d'Helsinki...

6 Décembre
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15 février
Stig BAUMGARTNER
Elina Brotherus
Terhi HEINO
Petri HYTÖNEN
Pekka JylhÄ
Marika KAARNA
Kaarina KAIKKONEN
Aino KANNISTO
Sandra KANTANEN
Ola KOLEHMAINEN
Antti LAITINEN
Tiina MIELONEN
Mikko PAAKKOLA
Julia WECKMAN

C’est à une traversée de l’art finlandais contemporain que nous invite cette exposition. Elle ne revendique pas l’exhaustivité mais un choix mélangeant délibérément les générations et associant des artistes émergents à des artistes très reconnus. La scène finlandaise est extrêmement dynamique. Du fait de l’histoire propre de ce pays, elle se caractérise par une relation forte au paysage, une vision des hommes et des femmes qui traduit un rapport de symbiose et aussi une relation magique avec la nature. La modernité et la société post industrielle ont bien sûr marqué l’art finlandais, mais cette empreinte va de pair avec un sens du magique et du merveilleux portant les traces d’une tradition chamanique propre à la culture Inuit ; entre l’urbanisation et la présence si forte des lacs et de la forêt boréale, entre ces nuits si longues de l’hiver nordique et les jours sans fin des courts étés, la perception des êtres et des choses change. Le paysage même marie enchantement et monotonie. S’y ajoutent les strates d’une société qui a connu d’importants désenchantements face aux utopies émancipatrices. On y trouve les indices de sa proximité avec l’espace russe, puis soviétique, et enfin stalinien avec les tragédies qu’elle a induites. Il y a chez nombre de ces artistes quelque chose de décalé face au réel, une façon de glisser de l’environnement à la fiction, une proximité entre des visions arcadiennes et une forme de mélancolie qui enrobe les choses comme la neige recouvre la nature pour la plonger dans une immobilité trompeuse. Des problématiques très épurées, proches d’une certaine forme de minimalisme, mais avec les indices d’une gestualité. Mais aussi des abstractions qui travaillent avec une matière presque morainique, des couleurs, indéterminées, campant sur une ligne de crête incertaine : entre le versant où les choses s’abstraient et celui où elles se configurent. Chez certains artistes la peinture privilégie le sourd, le mat et une certaine intériorité à l’éclat ou la brillance. Chez d’autres, elle produit des univers oniriques campant à la frontière entre le réel et l’imaginaire. Les uns nous donnent à voir parfois des états quasi dépressifs, les autres intègrent une part d’humour et un certain sens du grotesque. Mais souvent ils portent en eux une interrogation sur le rapport entre l’homme et son environnement qu’il soit urbain ou rural.

Ces artistes laissent entrevoir une certaine précarité, une fragilité latente ; quelque chose d’une fugacité de l’existence des formes et des êtres. Leur humour est parfois teinté d’une certaine acidité.

Voilà un éventail et une atmosphère contrastés et surprenants que l’on retrouve dans les films d’Aki Kaurismaki, où la mélancolie est dans l’ombre du rire et où l’évanescence des choses semble tapie dans les replis du réel.

Les artistes ici rassemblés sont délibérément de générations différentes. Mikko Paakkola, le commissaire de l’exposition intègre dans ses choix des artistes déjà bien connus sur la scène européenne mais aussi des personnalités atypiques et singulières, et enfin quelques jeunes artistes émergents qui sont l’avenir de l‘art finlandais et européen. C’est ce qui fait l’originalité de ce travelling dans la scène de l’art finlandaise. Il nous invite à dialoguer avec nos perceptions et nos expériences du monde. Car dans leurs différences, ils parlent et mettent en forme une langue commune qui est celle de la pensée et de l’imaginaire. Ils incarnent chacun à leur façon un art de rendre les choses imprévues dans tous les sens du terme.