Hélène Bertin / Julie Chaffort

Tohu Bohu / Ombres errantes

Pendant tout l’été, les deux expositions monographiques du 19 Crac proposent de renouer de façon immersive avec le vivant sous toutes ses formes : matériaux naturels, formes organiques, paysages, rituels…

Les travaux en céramique d’Hélène Bertin naissent d’un entrelacs de relations et de collaborations. Dans l’espace d’exposition, l’artiste les situe dans des « paysages » (arbre, rideaux de céréales, sables colorés) faisant écho aux territoires à l’origine des sculptures ou aux lieux de leur présentation. Elle y puise une relation directe aux matériaux, une attention à leur transmutation sous l’action des éléments (feu, eau pétrifiante) ou de la main dont la surface de ses objets enregistre la moindre trace et la temporalité. Tout à la fois sculpturaux et utilitaires, ils se nimbent d’une aura cérémonielle, et néanmoins domestique, invitent à la manipulation et à l’usage. De certaines pratiques ancestrales, elle a aussi développé un goût pour les expériences collectives ou collaboratives, le partage et la transmission des savoirs au sein des ateliers d’artistes et d’artisans.

Quant à Julie Chaffort, c’est en conjuguant image cinématographique, installation plastique et arts vivants (musique, danse) qu’elle interroge notre relation problématique à la nature, et plus particulièrement au paysage. Face à ses images, notre approche traditionnelle, guidée par le point de vue strictement rétinien, extérieur et distancié de la peinture de paysage, se transmue en une plongée sensitive dans les immensités de l’horizon ou dans la substance luxuriante des frondaisons. En quête d’un ressenti primordial, une mutation corporelle s’opère à travers de nouvelles gestuelles et de nouvelles voix, des situations nécessairement déstabilisantes au sein d’une nature qui ne nous est plus si familière. Un trouble du comportement se profile : on ne sera donc pas étonné de la capacité de l’artiste à improviser des scènes tant avec des acteurs professionnels qu’avec des acteurs amateurs ou en situation de handicap, à même de transmettre l’étrangeté de ces expériences.

Les espaces d’Hélène Bertin et de Julie Chaffort génèrent une décélération temporelle propice à l’attention et à l’affinement de la perception : attention aux gestes ayant engendré ou prolongeant les objets d’Hélène Bertin, aux infimes tremblements et miroitements naturels des paysages de Julie Chaffort, aux récits et aux usages qui y naissent.

Anne Giffon-Selle
Directrice Le 19, Crac


  • L’exposition Tohu-bohu d’Hélène Bertin fait suite à Cahin-caha au centre d’art contemporain Le Creux de l’Enfer, coproduite par AWARE : Archives of Women Artists, Research and Exhibitions, qui a décerné son prix éponyme à Hélène Bertin en 2019.

  • Julie Chaffort est en résidence au 19 Crac dans le cadre du dispositif « Artiste plasticien au lycée », soutenu par la Région et la DRAC Bourgogne-Franche-Comté.
Hélène Bertin, vue de l'exposition Tohu-Bohu, 2021, Le 19 Crac. ©A. Pichon / Le 19, Crac
Hélène Bertin, le jardin des paniers, 2021. ©A. Pichon/Le 19 Crac.
Hélène Bertin, le jardin juvénile (détail), 2021. ©A. Pichon / Le 19, Crac.
Hélène Bertin, le jardin juvénile (détail), 2021. ©A. Pichon/Le 19, Crac.
Hélène Bertin, Ermitage, 2021. ©A. Pichon/Le 19 Crac.
Julie Chaffort, Printemps, vidéo, 2020. Exposition Ombres errantes, Le 19, Crac, 2021. ©A. Pichon / Le 19, Crac
Julie Chaffort, Printemps, vidéo, 2020. Exposition Ombres errantes, Le 19, Crac, 2021. ©A. Pichon / Le 19, Crac
Julie Chaffort, Somnambules, installation de 3 projections vidéos, 2015, production Fondation Bullukian. Exposition Ombres errantes, Le 19 Crac, 2021. ©A. Pichon/ Le 19, Crac.