Pauline Delwaulle

TRACER DES CHEMINS, EMPRUNTER DES LIGNES

TRACER DES CHEMINS, EMPRUNTER DES LIGNES

Depuis plus de dix ans déjà, Pauline Delwaulle suit des lignes, rejoint des points, prend des avions, emprunte des chemins, glisse sur des kayaks, escalade des sommets, se déplace sur des cartes interactives, parcourt le monde du bout du doigt, le mesure, l’escalade, le filme, le photographie, en cherche la bonne couleur, la luminosité exacte, marche vers ce qu’elle ne connaît pas. C’est en la parcourant qu’elle habite la terre, non pas en occupant un lieu, mais en participant activement à ce qui s’y déroule. Proche des méthodologies de la recherche fondamentale, l’artiste est fascinée par ce que les scientifiques déploient d’inventivité pour produire des données utiles à la connaissance. […] L’artiste traque par exemple les chercheur·euses du Laboratoire d’Océanologie et de Géosciences qui arpentent plusieurs fois par an et après chaque tempête la plage de Dunkerque afin d’en relever le trait de côte. Produit grâce au GPS porté par les marcheur·euses, ce trait désigne la limite jusqu’à laquelle peuvent parvenir les eaux marines. Mais il figure également les kilomètres parcourus par ces Don Quichotte des temps modernes, habité·es par leur projet persistant de représenter symboliquement la limite entre la terre et la mer.

[…] Quand l’artiste s’arrête enfin, au bord des chemins qu’elle participe à esquisser, elle lève le regard et plisse les yeux. Là, elle mesure le ciel, l’étalonne, cherche à en reproduire les couleurs. Ce travail au long court, elle en expose une partie dans le sous-sol de l’École d’art de Belfort où un gigantesque cerf-volant nous invite à lever la tête. Il n’est autre que la reproduction à grande échelle du cyanomètre mis au point en 1789 par l’alpiniste Horace-Bénédict de Saussure, à savoir un nuancier de tous les bleus du ciel, destiné à en évaluer l’intensité (53 bleus, 21 fils, 4 Beaufort, 2018). Cette palette, l’artiste l’a traduite en autant de drapeaux (Beau temps – ciels bleus, 2017) accrochés par la suite au Sémaphore de Ouessant comme aux haubans de bateaux, exposant aux regards des navigateur·rices toutes les couleurs possibles du beau temps.

[…] Tout au long de l’exposition, les œuvres nous encouragent à ne fixer ni les lieux ni les individus, mais bien plutôt à imaginer que la vie est « un composite tissé avec les innombrables fils que produisent des êtres de toutes sortes, humains et non humains, se déployant ainsi à travers cet entrelacs de relations dans lesquels ils sont pris 1  ». L’artiste maille des chemins, crée des lignes et les entrecroise, dessus, dessous, dans le ciel, sur les cartes. En vous contant cela, je décris moi-même des trajets, établis des relations entre des événements passés, des œuvres à venir et une exposition future ; en me lisant et en parcourant l’exposition, vous créez des lignes à votre tour, tracez un chemin dans le monde, entremêlez les lignes dessinées par Pauline Delwaulle.


  • 1 Tim Ingold, Une brève histoire des lignes, zones sensibles, Bruxelles, 2011. p. 10



Extrait de : Sophie Lapalu, « Tracer des chemins, emprunter des lignes », in Cahier du 19, Crac, sept. 2022.

Infos utiles


- Pauline Delwaulle a participé à la résidence Artistes plasticiens au lycée initié par la Région et la DRAC Bourgogne-Franche-Comté avec les élèves du CAP Menuiserie du CFA de Bethoncourt et les élèves de seconde aménagements paysagers du lycée Agricole Lucien Quellet de Valdoie.

- Site web de l’artiste

- Télécharger le communiqué de presse

Pauline Delwaulle, Et au milieu coule une rivière (Valoie), 2022.
Pauline Delwaulle, Beaux Temps Ciels Bleus, 2017.